Entretien exclusif avec Mme Hasna Maki Houmed-Gaba : Une pionnière des médias, de la culture et de la communication institutionnelle à Djibouti
Hasna MAKI, Ancienne présentatrice star de petit écran, actuellement en charge de la communication à la primature de Djibouti
Propos recueillis par Houmed Daoud
Introduction de présentation
« Madame Hasna Maki Houmed-Gaba, c'est un grand honneur de vous recevoir pour cet entretien exclusif.
Figure incontournable du paysage médiatique et culturel djiboutien, vous avez marqué les années 1980 et 1990 en étant l'une des toutes premières femmes à l'antenne de la Radio Télévision de Djibouti (RTD), marchant sur les pas de la pionnière et votre aînée Mariam Ismaïl. Passionnée par le patrimoine artistique de notre pays, vous avez également écrit une page majeure de l'histoire musicale nationale en étant la seule femme au sein du légendaire groupe DINKARA. Modèle d'organisation et de diversité rassemblant des talents afar, somali et arabe, le groupe DINKARA a fait vibrer toute une génération grâce aux voix et figures emblématiques d'Abdallah Lee (Abdallah Abdoulkader Abass), d'Abayazid Badri, de Fatouma Mansour, d'Amanda, d'André Fanasara ainsi que d'Abdo Saoudi, au management de Mohamed Moyale, au génie technologique de l'ingénieur du son Galal Ahmed Al Hag — introduisant le tout premier synthétiseur venu du Japon —, ainsi qu'au talent virtuose des frères guitaristes Idriss et Anwar.
Au-delà de votre carrière journalistique et artistique, votre engagement au service de l'État s'est poursuivi avec brio : après avoir dirigé l'Institut des Arts de Djibouti, vous occupez aujourd'hui les fonctions de responsable de la communication au cabinet du Premier ministre à la Primature. C'est ce parcours exceptionnel, à la croisée de l'information, de l'art et de la haute administration, que nous vous proposons de retracer ensemble tout au long de cet entretien que vous avez eu la gentillesse de nous accorder. Nous vous en remercions chaleureusement.
Trame de l'Interview
I. Parcours médiatique : Aux origines de l'audiovisuel djiboutien
Question Houmed Daoud : Aux côtés de votre aînée Mariam Ismaïl, vous avez été parmi les premières femmes présentatrices à la radio et à la télévision d'État (RTD). Quels souvenirs conservez-vous de vos débuts et du défi de représenter la voix et l'image de toute une nation ?
Réponse Hasna Maki : Entrée en fonction en 1985 j'ai consacrée la majeure partie de ma carrière en journalisme audio-visuelle. Ce, suite à une formation en Tunisie sur la conception et la production de programmes radiophoniques, suite à un concours organisé par l'UNFD via une bourse d'études octroyée par la Coopération Allemande (GTZ).Rentrée au pays, j'ai aussitôt prise mes onctions sur les antennes de la RTD en vue de concevoir des programmes destinés à la promotion des multiples activités émises à l'égard des femmes djiboutiennes par l'association nationale des femmes. Je garde de cette période des souvenirs exquis car très rapidement, je me suis intéressée à la présentation de journaux d'information et à la promotion de questions culturelles et artistiques. Plus de trois décennies plus tard, on regarde dans le rétroviseur en espérant que le chemin parcouru a été utile tant pour les causes défendues que pour nous-mêmes. (Rires)
Question H D : Comment votre posture de journaliste et votre notoriété publique vous ont-elles permis de promouvoir et de mettre en valeur les créations artistiques djiboutiennes à cette époque ?
Réponse H M: Je crois que le plus important dans la vie humaine, c'est d'abord l'envie de faire les choses et les faire bien, Quel que soit notre domaine d'intervention. Une envie de m'impliquer à Max dans ce que l'on fait et si on aime ce que l'on fait alors les choses avancent en récompense. La communication reste un vecteur essentiel car elle fluidifie la compréhension dans les collaborations et clarifie les procédures pour lune bonne appréciation et appropriation de tous les acteurs.
II. L'aventure culturelle et musicale du groupe DINKARA
Question H D : Pourquoi le nom « DINKARA » a-t-il été choisi pour baptiser la formation, et que signifie-t-il fondamentalement ?
Réponse H M : Dinkara :a été à la fois un groupe, un style et une manière d'être, de percevoir et concevoir la musique, de façon Innovante singulière pour l'époque !La troupe est vite arrivée. Le groupe est devenu mythique tant la tendance induite via l'acoustique inédite liée aux qualités et à la dextérité de ces artistes hors du temps ont séduit d'emblée un cosmopolite multiculturel.
Il s'agit du nom du tambour du Sultan., la plus haute autorité traditionnelle dans la culture Afar. Cela coulait de l'évidence...
Question H D : En tant qu'unique présence féminine au sein du groupe DINKARA dans un pays de tradition afro-musulmane, quel rôle avez-vous joué dans la cohésion, l'organisation et le rayonnement de cette formation inédite ?
Réponse H M : Écoutez, nous étions jeunes, intrépides plein de fougue et surtout, débordant d'énergie. Je suis arrivée au groupe par la porte l'amitié à travers un bâtisseurs, lui aussi partisans de la maxime "à cœur vaillant, rien d'impossible" Il s'agit de Mr Med Hassan Moyale, précurseur et principal instigateur de la formation initiale du groupe j'étais jeune journaliste en quête d'être utile à quelque chose dans sa ma fonction.et Dieu a fait le reste.
Question H D : Le groupe DINKARA réunissait des musiciens et techniciens issus de tous les horizons (Afar, Somali, Arabe). En quoi cette fraternité interculturelle constituait-elle la clé de voûte du succès du groupe Dinkara ?
Réponse H M : . La multiculturalité est l’une de plus grande valeur de la société djiboutienne, jalousement protéger par nos concitoyens. Le groupe Dinkara était représentatif de cette société multiculturelle et cosmopolite.
Question H D : Que retenez-vous de votre collaboration avec les figures vocales et artistiques du groupe — Abdallah Lee, Abayazid Badri, Fatouma Mansour, Amanda, André Fanasara et Abdo Saoudi —, ainsi qu'avec le manager Mohamed Moyale ?
Réponse H M : J’ai gardé des très beaux souvenirs de cette époque. Fière et heureuse d’avoir eu à partager avec tous les membres du groupe une amitié sincère, un travail rigoureux une forte motivation et surtout de nombreux défis relevé ensemble.
Question H D : L’ ingénieur du son Galal Ahmed Al Hag a réinventé la musique djiboutienne en introduisant le premier synthétiseur importé du Japon, soutenu par les guitaristes Idriss et Anwar. Quel souvenir gardez-vous de cette modernité musicale sur scène ?
Réponse H M Je garde un très beau souvenir de cette période. L’introduction du synthétiseur par l’ingénieur du son Gaalal Ahmed Al-Hag a apporté une véritable nouveauté dans la musique djiboutienne. Les guitaristes Idriss et Anwar ont su s’approprier cet outil avec talent, et ensemble, nous avons pu donner un nouveau visage, une nouvelle énergie et un souffle de modernité à la musique djiboutienne. C’était une expérience à la fois innovante, enrichissante et inoubliable.
III. De l'Institut des Arts à la Primature : Engagement et transmission
Question H D : Votre passage à la direction générale de l'Institut des Arts a été une étape clé dans votre parcours. Quelles étaient vos priorités pour la préservation et le développement de la création artistique nationale ?
Réponse H M : Dès le début de ma prise de fonctions à l’Institut Djiboutien des Arts, j’ai souhaité inscrire dans ma feuille de route ma modeste contribution au développement et au rayonnement du groupe Dinkara.
À travers mes responsabilités, je me suis attachée, dans la mesure de mes possibilités, à mettre mon expérience, mes compétences et les moyens dont je dispose au service des initiatives du groupe. Cette démarche est animée par une volonté sincère de soutenir son travail, de favoriser les échanges et de contribuer à la réalisation de ses objectifs.Je suis convaincue que la réussite d’un projet artistique et culturel repose sur la complémentarité des compétences, la collaboration et l’engagement collectif. C’est dans cet esprit que j’ai choisi d’accompagner le groupe Dinkara, avec disponibilité, conviction et sens des responsabilités
Ma contribution reste certes modeste, mais elle est portée par la volonté de participer pleinement à une dynamique qui contribue à la promotion et au rayonnement de l’art et de la culture djiboutiens.
Question H D : Aujourd'hui chargé de la communication à la Primature, quel regard portez-vous sur l'évolution de la transmission culturelle dans notre pays ?
Réponse H M : Mon passage à la Primature fut une expérience différente, plus sédentaire, mais tout aussi enrichissante. Il m’a permis de découvrir les exigences de la haute administration et d’acquérir une expérience complémentaire à mon parcours dans les médias et le secteur culturel, davantage ancré sur le terrain. Autant d’expériences qui, chacune à leur manière, ont contribué à enrichir mon parcours professionnel et humain
Question H D : Le groupe DINKARA et l'œuvre pionnière de son regretté ingénieur du son Galal Ahmed Al Hag — dont la touche personnelle et technologique a permis de moderniser la musique de la formation — sont mis à l'honneur dans l'ouvrage Abdallah Superstar, écrit par sa fille Iman Ahmed Al Hag, journaliste établie en France. Avez-vous eu l'occasion de lire ce livre mémoriel qui retrace l'historique de cette grande époque ? Quel est votre sentiment sur cet écrit et quel message chaleureux souhaitez-vous transmettre à Iman Ahmed Al Hag pour ce vibrant hommage ?
Réponse H M : Dinkara a été le creuset de talents précurseurs au sein de la société djiboutienne. Galal Ahmed Al-Hag en était un, et pas des moindres.
Je n’ai pas encore lu cet ouvrage, cette publication intitulée Abdallah Superstar, mais je suis persuadée qu’elle contient des images incroyablement bouleversantes, qui retracent une épopée admirable : celle de jeunes gens motivés, convaincus de tracer un sillon magique, destiné à sortir de l’ornière leurs congénères Bref, l’histoire est essentielle : elle éclaire le présent et guide vers l’avenir.
Immense merci donc à Imane Ahmed pour sa contribution à travers son livre, dans lequel elle a fait preuve d’une grande générosité en partageant publiquement les archives de son défunt père.
Paix à son âme !
Question H D : Quel conseil souhaitez-vous adresser aux jeunes Djiboutiennes et Djiboutiens qui aspireront à s'engager dans les métiers du journalisme, des arts ou de la communication publique ?
Réponse H M : Sachant que la jeunesse constitue l’avenir de tout peuple, je leur dirais :
Jeunesse, savourez ces moments privilégiés de votre vie. Apprenez, progressez, persévérez et agissez toujours avec sagesse, sérieux, constance et conscience. Nul ne naît en sachant tout ; c’est en apprenant chaque jour que l’on grandit et que l’on devient meilleur.
Croyez en vous, travaillez avec courage et ne renoncez jamais à vos rêves. L’avenir vous appartient : construisez-le avec responsabilité, dignité et espoir
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